dimanche 27 août 2006

Quatrième page de Bernard Mouralis. Présentation de l'ouvrage : Poét(h)ique des deux rives...Et extraits





Quatrième de couverture

L'ouvrage propose une lecture de l'œuvre de Rachid Boudjedra. Refusant d'emblée ce qui pourrait être une attitude de surplomb distant, Mohammed-Salah Zeliche nous fait entrer au cœur de l'univers ardent d'un écrivain " contestable et contesté ". Dans cette perspective, l'auteur nous invite d'abord à considérer la question des origines qui prend souvent chez Boudjedra la forme d'une quête éprouvante. Puis, il montre comment le texte de Boudjedra peut se lire comme un dialogue ininterrompu avec quelques grands intercesseurs : Céline, Claude Simon, Garcia-Marquez. L'ouvrage se termine sur la question du rapport que Boudjedra entretient avec le nouveau et la modernité. Un rapport tumultueux, fait de rejet et d' "allégeance". Le parcours accompli par Mohammed-Salah Zeliche s'appuie sur une remarquable connaissance, non seulement de l'œuvre de Boudjedra mais aussi du contexte littéraire et historique. Au-delà de cette plongée dans cette œuvre dangereuse pour la bonne conscience parce qu'elle prend toujours le lecteur à contre-pied, le livre de Mohammed-Salah Zeliche jette aussi un regard aigu et sans la moindre complaisance sur les conditions de l'écriture littéraire dans l'Algérie d'aujourd'hui.

Bernard Mouralis
Professeur émérite
Université de Cergy-Pontoise


Extraits de l'ouvrage :

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Recherche de l'identité (chapitre 1, page 25) :

Ecrire, pour l'écrivain algérien qu'est R. Boudjedra, signifie quête de sens et d'identité. Mais la quête de sens et d'identité suppose un impérieux besoin de liberté, donc un manque à combler, une souffrance, une angoisse, une frustration à résorber... Pour cela, pour son propre salut et sa promotion, la révolte s'impose. Il faut mettre en marche la machine de guerre : l'écriture. Renier des territoire ; en reconquérir d'autres. Le résultat escompté ne sera pas atteint comme nous le montrerons dans ce chapitre. Car les conquêtes s'avèrent illusoires. La déception est d'autant plus grande que l'on n'est reconnu dans aucun territoire. A qui profite l'engagement de l'auteur et le programme idéologique qu'il a mis au point dans toute son oeuvre ? Il est horrifié par ce qui se passe en Algérie. Voire traumatisé. Paris en revanche ne semble pas tant lui donner raison ni même partager beaucoup ses sentiments et sa souffrance. Il tournera donc vers Paris un regard dépité. Qui, de Paris ou de l'Algérie, prendra-t-il à témoin ? Cet écartèlement est en tout point identique à celui que traduit et dénonce son oeuvre. Mais cet écartèlement peut être aussi celui de la bipolarité et du radicalisme de l'idéologie développée dans l'oeuvre. Cet écartèlement est peut-être aussi celui de l'impasse de la révolte.